mercredi 28 mars 2012
la fnac vend des aspirateurs
Non, ce qui me laisse toujours sans voix dix jours après la fermeture du salon du livre c'est le manque de réaction des libraires indépendants. Le fameux portail 1001libraires.com semble mort né, aucun dispositif de communication d'envergure, rien. Etonnant je trouve.
mardi 15 novembre 2011
mardi 23 août 2011
jean Marc Roberts a raison
Jean-Marc Roberts a raison quand il dit que les boutiques en ligne accélèrent la concentration des ventes de livres sur un petit nombre de titres. Ce sujet ne fait pas débat, les éditeurs et leurs diffuseurs ont cette réalité sous les yeux à chaque fois qu’ils consultent leurs chiffres de vente.
Jean-Marc Roberts a raison encore quand il dit que le seul endroit où un client trouve un choix réfléchi de titres - voire un choix surprenant - reste le magasin physique, et particulièrement les (bons) libraires. C’est simple à comprendre. Pour être le plus efficace possible, une plateforme qui propose des millions de références comme Amazon automatise la présentation de son offre à partir des données laissées par l’internaute. Ces données sont alors brassées par des algorithmes extrêmement puissants qui permettent de dire que « ceux qui ont consulté… ». Hormis les différents classements des meilleures ventes, tous les autres espaces font l’objet d’accords commerciaux.
Ceci étant, il n’est pas question ici de défendre une position absurde qui viserait à interdire de vendre des livres en ligne. Simplement, comme le disait Paul Virilio dans le film Penser la vitesse * : « Quand on invente l’avion, on invente les accidents d’avion». Idem pour Internet. Quand on invente la disponibilité instantanée des produits depuis un clavier, il faut penser aux effets négatifs – la concentration des ventes en est un et la désertification des lieux de vente en est un autre - et travailler pour en limiter les effets.
C’est ce travail de valorisation des catalogues sur Internet que les éditeurs devraient prendre à bras le corps. On peut penser que les plateformes aussi auraient beaucoup à gagner en développant des ventes additionnelles avec des titres autres que ceux mis en avant par tous les médias (je reviendrai très prochainement sur ce sujet) les mêmes qu’on retrouve également dans les catalogues des grandes chaînes de distribution aux mêmes moments. En fait, tout le monde aurait à gagner à ce que l’offre soit la plus large possible. Les libraires aussi.
* un film de Stéphane Paoli
mercredi 22 juin 2011
On sait que les marchés du livre aux États-Unis et en Angleterre sont très différents du marché français, particulièrement dans le secteur de la distribution. Il n'empêche que la vitesse du développement du livre numérique dans ces pays doit au moins interpeller les acteurs en France. Ci-dessous ma traduction d'un article en deux parties paru dans le Guardian de ce jour : The writting's on the wall.
The writing's on the wall
Les éditeurs et les agents tremblent. Tout comme les petits libraires à travers le pays et au-delà. Un inconnu du nom de John Locke vient de vendre son millionième exemplaire sur Amazon et tout ça sans avoir abattu un seul arbre.
Les livres de Locke – neuf romans et un guide – ont tous été publiés en format électronique téléchargeables sur Kindle (Amazon) et (les) autres tablettes compatibles. Il faut préciser que le prix des ses thrillers de la série Donovan Creed ne coûtent que 99cents. En revanche il en empoche un tiers – soit trois fois le montant perçu par un écrivain lié à un éditeur traditionnel. Seule une élite comptant neuf auteurs sur les dix du top des meilleures ventes, parmi lesquels James Patterson et Stieg Larsson ont vendu un million de e-books, mais ils ont tous bénéficié du soutien d’importants éditeurs.
Cette percée vient du fait que les auteurs sont seuls au control de leur travail. C’est un bien et un mal. Il n’y a pas et il n’y a jamais eu d’auteur qui n’a pas tiré profit des améliorations que peuvent lui apporter un agent ou un éditeur.
Le titre du best seller de John Locke est : "Comment j’ai vendu 1 million d’e-books en 5 mois ! ». Le sous titre : « sans agent, publicitaire et quasiment sans dépense marketing ! » Nul doute qu’un bon éditeur aurait supprimé ce point d’exclamation.
Self-published author joins Kindle's elite million-seller list
Son personnage le plus connu est un ancien assassin de la CIA, Donovan Creed « Un homme très dur avec une faiblesse pour les femmes faciles ». Lethal People, le premier roman de la série a été initialement publié en juillet 2009 en poche et en petite quantité par iUniverse, une société qui permet aux auteurs de publier à compte d’auteur. Par la suite il a été publié par Locke sous la forme d’un e-book en mars 2010. « Sauver Rachel », un roman de la même série a tenu le top des meilleures ventes des bestsellers de Kindle (Amazon) pendant trois semaines, rejoint dans le top 10 par trois autres e-books de Locke.
Locke, qui a monté sa propre compagnie d’assurance à Louisville dans le Kentucky, vient juste de publier son nouveau bestseller, un guide intitulé « Comment j’ai vendu 1 million d’e-books en 5 mois ! ». Il touche 25cents (US$) sur les 70c du prix de vente et publiera un huitième volume de la série des Creed à la fin du mois, suivi en juillet de son troisième western de la série Emmett & Gentry.
« C’est un club dans lequel il est difficile d’entrer », déclara l’auteur à son entrée au panthéon des plus gros vendeurs d’e-books aux côtés de Charlaine Harris (True Blood) et l’écrivain de polar Michael Connely.
Le succès du Kindle permet aux auteurs qui se sont fait connaître par le bouche à oreille, qui ne sont pas signés par un éditeur important ou qui ne bénéficient pas de campagne de marketing, de vendre plus que les auteurs à renommée mondiale. En mai, Amazon a annoncé que les ventes d’e-books sur Kindle ont maintenant dépassé les ventes de poche et grand format réunis.
Les ventes de livres numériques ont grimpé en flèche en Angleterre pour passer de 4 à 16M£ en 2010. Aujourd’hui, des écrivains indépendants qui proposent des livres à prix réduits, dans des genres populaires comme le thriller, peuvent connaître le succès grâce à un bouche oreille efficace.
Les quelques écrivains établis qui profitent habituellement de la promotion des grandes chaînes de distribution ne jouissent pas des mêmes privilèges sur la boutique Kindle. Sept des dix e-books les plus vendus sur Amazon coûtent moins d’1£, y compris une nouvelle de l’auteur aux millions de ventes, Karin Slaughter, vendue 49p.
Neill Denny, rédacteur en chef du The Bookseller déclare : « C’est un énorme succès de vendre un million d’exemplaires, mais quiconque achète un roman simplement parce qu’il est bon marché commet probablement une erreur fondamentale. Locke peut attirer de nouveaux lecteurs qui au final choisiront peut-être un roman de Stieg Larsson. »
Denny ajoute: « Si quantités de personnes commencent à acheter des bons livres à 20p chaque, ça peut inquiéter les éditeurs importants. Il faut noter que très peu de ces écrivains qui ont publié à compte d’auteur repoussent une offre d’un grand éditeur. »
Dernièrement, Amanda Hocking, la star des auteurs auto publiés âgée de 26 ans et originaire du Minnesota, a signé un contrat de 2M$ avec l’éditeur St Martin Press à New York pour écrire une série de quatre romans pour la jeunesse, traitant du paranormal.
lundi 11 avril 2011
Chronique d’un ratage annoncé
Résumé chronologique des épisodes précédents.
- Amazon ouvre son portail en France en 2000.
- Le 2 février 2001 Le Monde titrait : « Les éditeurs apprivoisent la Toile ». Dans cet article Alain Salles, brossait le tableau de la présence des éditeurs français sur Internet. Il était également fait référence à l’expérience menée par Stephen King qui avait proposé un feuilleton vendu chapitre par chapitre et sans intermédiaire.
- En 2003, Livre Hebdo publiait les résultats d’une étude sur les Français et la lecture, étude qui faisait ressortir que :
- En 2006 la part de la vente en ligne est proche de 5% mais les ventes sur Internet représentent 8% chez des éditeurs comme La Découverte, Les PUF ou Dunod, et Amazon est le premier client d’éditeurs comme Minuit ou le Dilettante. Surtout, une étude réalisée par GfK pointe qu’Internet arrive en troisième position comme lieu d’achat pour les livres derrière les hypers et les enseignes culturelles mais devant les libraires. Le SLF (syndicat de la librairie française) a décidé de lancer un portail de vente en ligne en septembre. (Le Monde, Alain Beuve-Méry, 19 janvier 2007)
- Dans une interview parue le 6 mai 2008 dans les pages saumon du Figaro, Arnaud Nourry, PDG de Hachette Livre commente le rachat de Numilog, plateforme de distribution numérique un temps convoitée par Gallimard.
- Numilog représente-t-il un investissement important ?
- Il s’agit de préparer l’avenir.
- Ne craignez-vous pas d’effrayer les libraires ?
- Au contraire. Nous allons mettre à disposition des libraires notre plate-forme en « marque blanche », c’est-à-dire qu’ils pourront l’habiller aux couleurs de leur marque .»
- Le vendredi 4 juillet Le Monde titrait en une de son supplément Livres: « Le livre numérique arrive. » Dans l’article « La grande peur des éditeurs », Alain Beuve-Méry, rappelait un extrait du rapport Patino sur le livre numérique (…) : « Accélération ou basculement brutal, l’impact sur la librairie risque d’être significatif. » Puis ABM écrivait : « Le métier devrait connaître des transformations en profondeur, mais il y aura toujours de la place pour de bons libraires. Des libraires qui anticipent, conseillent, connaissent leur clientèle et seront aussi présents sur la Toile. » Et ABM de conclure : « Comme les pouvoirs publics (CNL et BNF), elle (la librairie) se sent concernée par les changements qui se profilent, alors que les éditeurs, eux, donnent l’impression d’avoir le pied sur le frein. »
- C’est vers la fin de cette année 2008 qu’est commandée une étude de faisabilité sur un portail de la librairie indépendante.
- Le 23 octobre 2009 Le Monde consacre un article au piratage des livres : « Les pirates à l’assaut du livre numérique ». Le 31, dans le même journal, Antoine Gallimard et Bruno Racine livrent chacun leur vision sur le thème : « Le livre survivra-t-il à Internet ? »
- Le 29 janvier 2010 Livre Hebdo titre : « Distribution numérique, qui sera le maître du hub ? ». Cet article fait état des forces, des attentes et des intérêts des principaux acteurs en présence. À la fin de l’article signé Hervé Hugueny, on peut lire cette déclaration de Charles Kermarec, PDG de la librairie Dialogues à Brest qui a aussi créé une plateforme numérique qui permet à un client de commander et d’acheter en une seule opération un livre papier et des e-books en français quelque soit sa plateforme d’origine.
- Au mois de juin Livre Hebdo, pose la question suivante : « Librairie, 5 questions sur un marché qui flanche. »
- Le 5 avril 2010, 10 ans après le lancement d’Amazon en France, le portail 1001libraires.com est ouvert au public. Gilles de la Porte, qui préside la société PL2i qui opère ce portail vise un équilibre à trois ans.
Pour rappeler que le rapport des gens à la lecture et à l’achat de livres change en profondeur depuis des années, et que la concurrence du numérique à laquelle se cogne la librairie n’est pas apparue du jour au lendemain. Des libraires l’ont compris tôt qui se sont donné les moyens de construire des outils efficaces pour accompagner ces changements.
1/ Parce que l’offre et les services proposés par Amazon ont créé un standard et des habitudes de consommation avec lesquels l’offre et les services proposés par 1001libraires.com sont incapables de rivaliser.
2/ Il ne faut pas oublier qu’un consommateur ne change que très rarement ses habitudes et seulement quand il a trouvé mieux. Un seul exemple. Le portail annonce 60 000 références disponibles alors qu’une librairie comme Ombre Blanche à Toulouse a 110 000 titres en stock. Certes, Ombre Blanche est une référence, une des plus belles librairies en France. Mais si un portail n’est pas capable de présenter une offre plus grande que celle d’une librairie à quoi bon? Et on ne parlera pas ici de l’offre disponible sur Amazon et sa Marketplace.
3/ On sait aussi que sur Internet les retards à l’allumage ne se rattrape pas. La Fnac n’a jamais rattrapé son retard sur Virginmega dans la course à la vente de musique numérique, ni celui sur Amazon qui avait déjà cinq années d’expérience aux Etats-Unis avant d’ouvrir en France.
Bien sûr on peut objecter que ces raisons ne tiennent pas compte des spécificités propres au portail. Justement. Qu’elles sont-elles? À part quelques critiques de libraires, des vidéos d’auteurs en dédicace déjà vues sur le site des libraires ou leurs pages Facebook, une liste de «Meilleures ventes» et des émissions audio thématiques qu’on nous promet mensuelles (!), il n’y a rien qui justifie objectivement qu’on passe des plateformes existantes sur lesquelles on a ses habitudes à ce nouveau portail. La localisation me dites-vous ? J’ai simplement du mal à penser qu’un acheteur de livres va passer par Internet pour découvrir qu’il y a une librairie près de chez lui ou près de son bureau, et qu’il peut y commander les ouvrages qui n'y sont pas en stock.
Est-ce qu’on peut croire qu’il existe une clientèle prête à s’engager, à militer, pour faire exister une alternative au tandem Amazon – Fnac ? Oui, on peut, j'ai même entendu cet argument dans la bouche d'une responsable d'un regroupement régional de libraires. Pour ma part, je doute simplement qu’elle soit suffisante pour hisser 1001libraires.com au rang des libraires on line qui comptent pour compenser la baisse de chiffre d’affaires qu’enregistrent les librairies physiques qui cèdent tous les jours du terrain à Amazon et consort.
Est-ce à dire que ce portail ne sert à rien ? Sous cette forme, je le pense. Non seulement il arrive trop tard, mais il n’apporte rien qui n’existe pas déjà et il n'est pas plus performant ni plus intéressant que ce qui existe déjà.
"Mais, dans quelques temps, une fois les premiers résultats enregistrés..." Sur Internet c'est tout de suite qu'il faut faire ses preuves surtout sur un secteur aussi concurrentiel et sur lequel les principaux acteurs en place ont pris une avance considérable.
Et les éditeurs dans tout ça ? Certains sont impliqués indirectement à travers l’ADELC association à laquelle ils cotisent et qui s’est engagée à verser une participation du même montant que celle du CNL. Les autres ne peuvent politiquement qu’espérer le succès du projet. En revanche, ceux qui éditent de la littérature qui demande du temps pour trouver ses lecteurs, ceux-là sont très inquiets par la crise qui touche les libraires parce que ces derniers sont leurs premiers relais d’information auprès du grand public.
Est-il possible de rendre ce portail attrayant pour le public et rémunérateur pour les libraires ? Non. On peut rendre un portail attrayant à condition de proposer des services et contenus intéressants. Il faut donc repenser entièrement la construction de ce portail en privilégiant ce que les lecteurs ne trouvent pas ailleurs. Penser ce portail en fonction des attentes des clients et pas du point de vue du portail.
mercredi 16 juin 2010
Libéré de la page, mais un livre tout de même.
Les livres imprimés sont source de plaisirs qu'aucun appareil créé par un ingénieur en informatique ne peut égaler. La douce odeur d'un livre neuf, le plaisir de tourner les pages, la vue rassurante d'une étagère pleine de livres. Mais rien de tout ça n'explique que le livre ait résisté à la digitalisation des contenus culturels. C'est encore plus simple; les livres sont réellement transportables et pratiques à lire.
Construire une tablette électronique portable fut la partie la plus simple. Egaler la qualité du rendu de l'encre sur le papier prit plus de temps mais les résultats du rendu digital sont maintenant satisfaisants. Au final, les tablettes électroniques font jeu égal avec les livres traditionnels. Résultat, la numérisation des collections particulières sera une réalité dans un avenir proche.
La musique a montré la voie. Le passage à l'ère numérique d'un secteur se fait quand une application (software) rencontre le bon support (hardware). Le succès d'iTunes Music Store et de l'iPod est le parfait exemple d'une combinaison gagnante. Et comme l'a fait Apple dans la musique, nul doute qu'une société proposera la combinaison idéale pour les acheteurs de livres. Aujourd'hui cette société pourrait bien être Amazon.
Le Kindle est le premier lecteur électronique d'Amazon. Lancé en novembre 2007, il pèse 300gr, peut contenir 200 livres et permet également la lecture de quotidiens, magazines et blogs. Il utilise la technologie Elink qui permet l'affichage parfait du texte et qui ne consomme de l'énergie qu'aux changements de pages et non quand elles sont affichées. Sony qui lança son livre électronique en 2006 utilisait également cette technologie mais le Kindle bénéficie d'une fonction que ni Sony ni ses nombreux prédécesseurs n'ont jamais possédée: tous les ouvrages et autres contenus peuvent être téléchargés en WiFi.
Le Kindle est cher 399$ mais les stocks furent épuisés quelques heures après le début de sa commercialisation.
Steve Jobs, le patron d'Apple n'a rien à craindre du Kindle. Il ne viendrait à l'idée de personne de le considérer comme une menace pour l'iPod. Il affiche magnifiquement les textes et permet également d'écouter des fichiers MP3 grâce à sa prise pour brancher un casque audio bien qu'il n'ait pas été conçu pour naviguer dans une large collection de titres.
Mais quand on demanda à Steve Jobs, le patron d'Apple, son avis sur le Kindle, il répondit sur un ton quelque peu méprisant pour l'industrie du livre; "Peu importe qu'il soit bon ou mauvais puisque plus personne ne lit.40% des gens aux US lisent un livre ou moins par an." Déclara t-il.
Pour Steve Jobs, cette statistique funeste conduit inévitablement l'industrie du livre vers la catastrophe. Heureusement la réalité n'est pas aussi sombre qu'il le suggère.
En 2008, le secteur du livre a enregistré près de 15 Md $ de revenu aux US si on se réfère à l'étude publiée par The Book Industry Study Group. On peut aussi se demander pourquoi 408 millions de livres se sont vendus (aux US) en 2007 si plus personne ne lit ?
Une étude conduite en 2007 par Ipsos Public Affairs pour le compte de l'Associated Press, révèle que seulement 27% des américains n'ont pas lu un livre au cours de l'année écoulée. Pas si terrible que le suggère Steve Jobs, mais consternant pour le moins.
En fait, si on exclut les gens qui ne lisent pas, le nombre de livres lus était en moyenne de 20 grâce aux personnes qui lisent plus de 51 livres par an, population en augmentation de 8%.
En d'autres termes, si une part significative de la population ne lit pas, l'industrie du livre dans son ensemble profite du fait que certains lisent beaucoup.
Si même une partie de 15 Md$ semble trop insignifiante à Steve Jobs pour qu'il s'en occupe, il oublie qu'Apple n'a atteint sa taille actuelle que récemment.
A une époque pas si éloignée dans le temps, en 2001, avant l'iPod et l'iPhone, Apple n'occupait qu'une petite niche du marché de l'informatique sans réel succès grand public. Apple fut sévèrement frappé par la récession de 2001 et n'afficha cette année-là que 5,3 Md$ de revenu. Par coïncidence, c'est exactement les résultats déclarés par Barnes & Nobles (première chaîne de distribution spécialisée de livres aux US) pour l'année 2007.
Dans aucun des deux cas, les propriétaires de ces deux sociétés ne décidèrent de mettre la clé sous la porte.
Amazon ne communique pas les détails des profits générés par les ventes de livres mais le livre dans son ensemble reste son premier business. Un porte-parole de la société déclara que pour Amazon, les ventes de livres "ont augmenté chaque année depuis sa création".
Le monde du livre a toujours bénéficié d'un avantage invisible qui n'apparaît dans aucun compte d'exploitation, c'est le profond attachement que les éditeurs, les auteurs et les acheteurs les plus assidus portent aux livres eux-mêmes. En cela, les gros acheteurs ressemblent aux accros du Mac.
Cet objet que nous appelons communément livre va subir de profonds changements qui vont l'extraire de sa forme originelle. On ne peut pas prédire si le Kindle d'Amazon sera un succès sur le long terme, mais Amazon devra être reconnu comme celui qui, avec imagination, a redéfini son business d'origine en remplaçant l'industrie du livre par l'industrie de la lecture.
Randall Stross est professeur à la San Jose State University.
Article publié dans le New York Times le 27 janvier 2008.
jeudi 3 juin 2010
Vente de la Fnac, le plus intéressant reste à venir
La mise en vente de la Fnac n'a rien d'une surprise et la suite de l'histoire n'est intéressante que dans la mesure où elle va permettre aux autres acteurs de la distribution de produits culturels (éditeurs, concurrents) de repenser leur positionnement vis-à-vis de la première enseigne spécialisée de France.
La nature du futur repreneur ne changera pas grand chose à l'affaire. Qu'il s'agisse d'un fond d'investissement ou d'un groupe de distribution, l'objectif restera le même : la rentabilité de l'investissement et donc l'amélioration des résultats de l'enseigne. On peut déjà deviner sans trop de difficultés la nature des mesures qui seront mises en place: fermeture de magasins, économie d'échelle, mutualisation d'outils logistiques dans le cas d'un repreneur issu de la distribution, rationalisation des achats, réduction du poids des stocks…
Menaces pour les uns, opportunités pour les autres.
Ce train de mesures va porter un rude coup à l'image de spécialiste qui était encore celle de la Fnac à l'aube des années 2000 dans les domaines du disque, du livre et de la vidéo.
Rappelons qu'être spécialiste implique de remplir deux conditions sine qua non. La première est de proposer une offre large, la deuxième est de disposer d'un personnel qualifié capable de conseiller un client quel que soit l'objet de sa recherche. Deux items qui s'accordent mal avec une politique de rationalisation des achats/stocks et une politique salariale qui n'encourage déjà plus les vocations des experts.
Les gagnants
Sans aucun doute les concurrents de la Fnac peuvent être les grands gagnants de l'histoire, les Espaces Culturels Leclerc en tête. Avec ses 200 points de vente, il ne manque à ce regroupement que la mise en place d'un vraie politique marketing de l'offre pour s'inscrire un peu plus dans le paysage et proposer une vraie alternative aux éditeurs.
Les librairies indépendantes très spécialisées ou grands généralistes - comme Mollat à Bordeaux, Ombre Blanche à Toulouse – pourront eux aussi profiter de la période de "réajustement" que va traverser la Fnac.
Nul doute que dans le paysage qui se redessinera, le portail de la librairie dont on nous parle depuis cinq ans aurait été un atout majeur pour beaucoup de libraires.
Dans le disque aussi les indépendants spécialisés comme Harmonia Mundi (43 boutiques en France) auront le champ libre pour développer leurs points forts à travers des opérations de recrutement auprès des déçus de "la Fnac d'avant".
Des temps difficiles pour les autres
Nul doute que le nouveau propriétaire de l'enseigne, pour favoriser un développement des marchés porteurs, ne cherche à rationaliser un peu plus les achats (conditions commerciales et référencement) et le poids des stocks (quitte à renvoyer les clients sur fnac.com) sur les marchés "secondaires". Déjà confrontés à l'effondrement de leur marché, les éditeurs du disque (surtout les plus petits) peuvent se préparer à de nouveaux temps difficiles, sauf à avoir mis en place des dispositifs de promotion couplés à des outils de vente alternatifs.
Pour les éditeurs de livres, le grand nombre de points de vente permettra d'amortir la mise en place d'une politique commerciale plus rigide de la Fnac.
Pour la vidéo, on peut parier sur une accélération de la réduction des linéaires de fond au profit d'une politique de coups commerciaux (10 DVD pour 50 €...).
Scénario probable une fois le rachat effectué
1/ fermeture de dix à vingt magasins sur trois ans
2/ quelques magasins "vitrines" avec offre large et pôle d'expertise
3/ dans les magasins restants, réduction des linéaires des produits culturels et gestion du fond principalement basée sur des opérations commerciales ponctuelles.
Plus que jamais, dans un marché dont les ventes se concentrent tous les jours un peu plus sur un petit nombre de références, la question de l'exploitation du back catalogue va devenir cruciale pour les éditeurs de tous les secteurs.
Fnac, Virgin, Leclerc, Cultura... jusqu'à quand ? Dernier épisode

Des clics dans le mortier
Avec cette formule, on comprend pourquoi Amazon a perforé les barrières de la distribution physique des produits culturels. Les valeurs TD et EP étant annulées (on ne se déplace plus et les comparateurs permettent de trouver les prix les moins chers et des produits d'occasion), les seuls critères déterminants restent le choix QO (quasi illimité sur Internet) et le conseil QC, même s'il se résume pour le moment à des données statistiques du genre ceux qui ont acheté ont également acheté.
Déjà bousculés par ces pure players on line et par la violence de la crise du disque et de la vidéo, la Fnac et Virgin ont fait le choix d'une rationalisation drastique de leur offre, choix qui les a fait plonger dans une spirale infernale ;
1. Puisque je vends moins qu'avant, je réduis mon offre et mes stocks pour maintenir mes coûts d'exploitation
2. Je concentre de plus en plus mon offre sur les produits à forte rotation
3. Mon offre se banalise
4. Je perds des clients qui trouvent sur Internet ce qu'ils ne trouvent plus dans mes magasins
5. Des spécialistes (Leclerc, Cultura) se développent en périphérie
6. Je suis obligé de m'allier avec une enseigne de grande distribution pour lutter contre cette nouvelle concurrence*
7. Je développe des offres nouvelles (occasion, merchandising, papeterie) qui compensent une partie de la baisse de mon activité mais qui m'éloigne de plus en plus de mon modèle d'origine, celui qui a fait ma force
8. Ma rentabilité étant particulièrement fragile, mes actionnaires me vendront bientôt (tant qu'il est encore temps)
9. Mes nouveaux actionnaires ne garderont pas tous mes points de vente**
10. Il va y avoir des surfaces commerciales en centre ville à récupérer dans les prochaines années.
*Accord de partenariat entre la Fnac et Système U passé en 2007 résilié depuis
**La première version de cette note a été écrite en juillet 2007
Fnac, Virgin, Leclerc, Cultura... jusqu'à quand ? Deuxième épisode
Dans ce paysage concurrentiel, les enseignes spécialisées et plus particulièrement celles restées au centre des villes, se doivent de répondre à quelques questions simples ;
• Mon offre (largeur et profondeur) correspond-elle aux attentes d'une clientèle de spécialistes (qui recherche plus que des best sellers) ?
• Est-elle suffisamment différente de celle de mes principaux concurrents (spécialisés ou généralistes) ?
• Mes vendeurs sont-ils dans la capacité (temps, formation) de renseigner et conseiller les clients ?
Ces questions peuvent être formulées sous la forme d'une équation dont les données seraient les suivantes :
CE (choix d'une enseigne) = QO (qualité de l'offre) * QC (qualité du conseil) / TD (temps déplacement) * EP (écart prix).
Explications.
Si on accorde à chaque critère une valeur de 1 à 5 suivant son importance dans l'esprit d'un consommateur (plus le critère est important plus on va vers 5), on s'aperçoit qu'un résultat négatif nous rapproche du modèle des hypermarchés (prix/ parking), un résultat positif nous rapprochant du modèle d'un spécialiste (choix/ conseil).
Exemple.
J'accorde la plus grande importance au choix QO = 5. Le conseil est un plus précieux mais pas fondamental QC = 3. Mon achat est un achat plaisir, j'aime chercher et me déplacer en centre ville TD = 2. Le prix n'est pas un critère déterminant EP = 2.
• Le résultat est > 0
• Mon profil est celui d'un client qui fréquente les enseignes spécialisées, les boutiques d'imports, les librairies... des magasins où la garantie d'une offre sélectionnée et un conseil de qualité l'emportent sur les contraintes liées aux déplacements et aux prix.
Autre exemple.
J'achète les best sellers du moment, un choix minimum me suffit, QO = 2. Pas besoin de conseil pour acheter produits présentés en tête de gondole QC = 1. Je ne veux pas perdre de temps à me garer TD = 4. Je profite au maximum des promotions et prix les plus bas, EP = 5.
• Le résultat est <>
Cette formule explique, simplement, le choix des enseignes spécialisées de la part d'un public pour lequel le critère numéro un reste la qualité de l'offre et la possibilité de découvrir des produits auquel il ne pensait pas en partant de chez lui.
Ce type de clientèle a ses propres réseaux d'information, est plus sensible au bouche-à-oreille qu'aux pub télé, et est prêt à payer plus cher des produits (des disques vinyle, des CD ou DVD en import, des séries limitées…) que les enseignes généralistes ne lui proposent pas.
Cette formule explique également l'importance de la loi sur le prix unique du livre (loi Lang 1981) dans le maintien des libraires de proximité. L'écart prix autorisé étant limité à 5% du prix public, on peut limiter la valeur de EP à 1. Le nombre de "vraies librairies* " étant estimé, en France à, environ, 800 la valeur de TD est également proche de 1. Le résultat est donc largement positif pour autant que le libraire propose une offre et un conseil susceptible de satisfaire les appétits d'une clientèle gourmande.
Et dans ce paysage bien rangé à débarqué Amazon et le commerce en ligne...
À suivre.
*Le livre, mutations d'une industrie culturelle. François Rouet. La documentation Française
mardi 26 janvier 2010
Amazon fixe les prix
A ceux qui pensent encore que la loi Lang sur le prix unique du livre est un rempart infranchissable, la proposition faite par Amazon aux auteurs doit sonner comme un coup de canon à leurs oreilles. Il suffit de changer de support et la loi devient caduque. Bien sûr, le poids du livre numérique est quasiment nul en France dans le CA des éditeurs et les libraires ont bien d'autres soucis (prix des baux, concurrence des plates-formes de vente en ligne...). Il l'était aussi dans le CA des éditeurs de disques avant qu'Apple ne s'invite sur le marché.Plus largement, on voit bien comment le pouvoir de fixation des prix peut rapidement passer des mains de l'éditeur à celui des fabricants de supports et plates-formes de distribution. Cette nouvelle donne déstabilise les acteurs en place et les pratiques en cours. Pourquoi pas. Encore faut-il s'y préparer pour éviter les catastrophes industrielles.

